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▒ Le rire médecin (texte & poèmes)

  • Le rire, une médecine naturelle.

    La souffrance n'est pas qu'une affaire d'adulte et le long du couloir déserté par tous ses objets familiers, le petit Luc regagne son coin. Il ne comprend pas pourquoi on l'a mis au "piquet". Il ne sait plus s'il a fait quelque chose de pas bien, mais il sait qu'il n'a rien fait de mal. "On" … lui fait du mal ! C'est cette maladie pleine de piquants, qui éperonne tout l'intérieur de son être. Une maladie en armure, qui ne veut plus de lui dans les cours de récréation, ni sur les balançoires du jardin public. Il est accompagné par une infirmière qui lui presse tendrement la main. Mais le petit Luc n'a pas trop envie de sourire. C'est sa maman qu'il voudrait tout autour de lui. Anesthésié par ce coup du sort, il se laisse enfouir au fond de son lit. Il tient la photo de sa famille bien serrée dans ses petites mains fébriles. Comme pour le rassurer et l'accompagner dans cette douleur bien trop grande pour son petit corps malade.

     

    Bonjour les enfants !

     

    La grande salle de repos grise de mine,

    Regardait les enfants malades

    Essayer de jouer à celui qui n'a pas mal.

     

    Les blouses blanches enveloppaient chacun d'eux

    D'une bienveillance quasi maternelle.

    Les infirmières souffraient aussi.

    Elles souffraient en elles,

    Pour les parents infectés de questions intérieures

    Et qu'elles voulaient consoler comme des enfants.

     

    On entendait ça et là,

    De petits pouffements timides, forcés,

    Entre les hurlements de souffrance aphone ...

     

    ... et puis le silence s'est installé pour de bon.

    Un grand silence à couper au couteau à beurre

    ... et puis les visages se sont tournés vers la droite,

    Comme pendant le défilé des troupes, sous l'œil du général

    ... et puis de petits souffles étonnés

    Se sont mis à murmurer

    ... et puis de petits sourires interloqués

    Se sont mis à bredouiller ...

     

    ... et puis, et puis,

     

    ... et puis les clowns sont entrés,

    L'un derrière l'autre !

    Il y avait l'auguste multicolore,

    Qui mettait de grands coups de pieds,

    Au derrière des douleurs insistantes

    Qui voulaient traîner encore un peu

    Dans le couloir des petites têtes ébahies.

     

    Il y avait "Monsieur tout blanc".

    Avec un sourire comme un croissant de lune

    Qui déguisait la réalité en rêve authentique

    Et il y avait les compères,

    Aux chaussures immenses

    Et aux mains gantées de bêtises enjouées,

    Qui lançaient de petites pichenettes

    Aux pleurs qui ne voulaient pas décrocher.

     

    Alors, d'un petit clin d'œil malicieux,

    Ils ont transformé leur doigt en baguette magique

    Et tout s'est métamorphosé.

     

    Les pieds à perfusion se sont convertis en poteaux de signalisation

    Et les sacs de sérum, incompatibles avec l'instant présent,

    Ont pris l'apparence d'un drapeau autorisant le départ.

    Les lits à roulettes sont devenus des wagons d'allégresse,

    Accrochés à la locomotive humaine bariolée

    Qui entraînait le petit train hors de la vallée de larmes.

    L'ombre de Peter Pan

    Papillonnait autour des infirmières enchantées.

     

    De grands éclats de rires

    Ont maculé les murs tout tristes,

    Sous le regard sidéré du personnel décoloré,

    Qui n'avait pas encore tout à fait basculé

    Dans la quatrième dimension enfantine.

     

    Mais qu'importait,

    Les gosses avaient tous sauté à pieds joints

    Dans cet autre monde qui faisait oublier les chagrins

    Et comme il ne restait plus que des éclats de bonheur

    Pour tout nettoyer du sol au plafond,

    Pourquoi repeindre les murs en couleur d'anxiété.

     

    Les drames et les chagrins

    S'étaient endormis au fond d'un grand placard.

    Pour un instant encore.

    Les petits ont oublié leur maladie

    Et le regard baigné de tristesse des parents

    Pour un moment encore.

     

    Le temps de refaire le plein d'espérance,

    Le temps de faire savoir au monde

    Qu'ils étaient toujours des enfants.

     

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    L'enfance à l'hôpital.

    Le temps suspend son vol … de bombardiers chargés de piqûres. Le silence entame un règne de quelques secondes avant d'abdiquer. Le roi de la rigolade vient revendiquer son droit originel sur le propre de l'enfant : Le rire ! Il veut récupérer son trône et ouvre en deux cet océan médicalisé pour remettre en mains propres aux petits d'hommes, ce droit qui leur appartient en toute priorité. Résignée, la maladie met sa chape de plomb en bandoulière et s'en va faire un tour. Plus loin. Le temps de remettre en question sa gravité.

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    Le temps d'apprendre à maquiller sa fatalité et ...

    ... et rhabiller sa froideur d'une armure bariolée,  
    comme ces adultes déguisés en gamins.

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    Pour mieux se faire supporter. Pour mieux savoir ne pas abîmer l'espoir, avec ses gestes glacés de vérité pas bonne à dire. Enfin, pas comme ça. Pas comme au temps des apothicaires qui soignaient les enfants comme des adultes et les adultes comme des corps insensibles.

    C'est pourquoi des clowns improvisent et construisent le spectacle du jour. Selon les inspirations, la capacité magique d'une chose, d'un objet :

    Un brancard-camion-de-pompier,
    Un chariot-de linge-petit-train-des-montagnes,
    Un semainier-de-médicaments-coffre-à-joujoux,
    Une feuille de température-album-à-colorier
    Ou même un pied-de-perfusion-arbre-à-cabane-de-jardin, etc.

    A chaque fois ils réinventent le rêve éveillé. Selon les humeurs du petit spectateur, inquiet de cette cascade soudaine et chamarrée. Car la maladie est toujours là. Triste à pleurer. Alors d'approche respectueuse en patience infinie, d'infinie douceur en petits pas attentifs, d'attention préoccupée en sensation douce-amère et de douceur en sourire charmeur, ces clowns investissent les lieux. Sourire après sourire, ils accrochent des guirlandes d'éclats de rire dans les chambres éberluées.

    D'hier en lendemain, des clowns continuent le spectacle. Jusqu'à … toujours. Impossible d'arrêter de faire rire les enfants. Pas avec le souvenir de cette petite fille de 3 ans, hospitalisée pour maltraitance. Pas après ce premier insuccès dans la salle de soin. Pas après cet entêtement à vouloir lui faire entrevoir les belles choses de la vie. Pas après cette victoire dans la chambre. Après plus d'une heure et demie de tendre résolution, récompensée par un premier sourire. Par une première esquisse de renaissance.

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    Les «clowns hospitaliers» sont des clowns spécialement formés pour intervenir en milieu hospitalier et dans les centres de soins. Ils sont parfois appelés «Docteur clown». L'action des clowns hospitaliers a pour but de contribuer au processus de guérison grâce à la force positive de l'espoir et de l'humour. Ils ont aussi un effet positif pour le personnel et les familles de malades.

    Le rire peut-il aider à guérir ? En France, un enfant sur deux est hospitalisé avant l'âge de 15 ans.

    Allez, au revoir les enfants !

     

    PtK