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° Le fléau (textes & poèmes)

  • L'amour empoisonné.

    P.01 _ L'amour empoisonné.
    P.02 _ Que dire ?
    P.03 _ La mère amputée. 

     

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    Nous sommes dans l'année 2017. Une année de crise, d'inégalités sociales toujours prêtes à terrasser les plus faibles. Des souvenirs me reviennent. Toujours aussi douloureux ... et en ce jour, me vient l'envie d'en parler.

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    Nous l'avons réveillé.

     

    Surgit d'un froid cachot, du fond du temps des temps,

    Ce fléau aime à mort,

    Il a perdu l'amour et l'or de notre de sang,

    En misant sur le sort !

    Dépassés par l'envie de notre perfection,

    Nous créons nos horreurs,

    Accordant au bourreau de notre pollution,

    De juger nos erreurs.

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    Il y a quelques vingt années de là, en cette année 1994, je me suis penché avec plus d'intention sur le fléau de la séropositivité. Ça n'est qu'à l'occasion d'une visite dans un refuge pour mères et enfants porteurs du SIDA, que je me suis senti profondément concerné. J'étais alors investi dans la 'Fondation Abbé-Pierre' et l'on m'avait chargé de recenser différents besoins, afin de subventionner des lieux d'accueil dédiés aux démunis. Ceci, grâce au produit du labeur des Compagnes et Compagnons d'Emmaüs.

     

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    Année 1994 !

    Il était une fois ... dans un collège de France, une classe de jeunes gens qui s'est mobilisés contre les agressions humaines et inhumaines. Ces adolescents voulaient enseigner aux adultes. Ils voulaient apprendre, à ceux qui sont désintéressés par les intolérances qu'ils côtoient chaque jour. C'était encore des enfants. Mais déjà de grands cœurs ouverts aux cris de détresses. De jeunes "avantagés" conscients, à l'écoute de ces râles assourdis qui planent sur un monde souillé. De jeunes "privilégiés", alertés par ces agonies enfoncées sans état d'âme dans la gorge des enfants et choqués par la convenance autoritaire de beaucoup trop de majeurs immatures.

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    Symphonie juvénile.

     

    Il est à Saint-André, une ardeur pastorale,

    Qui, dans ses pas glissant vers l'aube des grands jours,

    Veut plonger le respect dans l'amitié lustrale

    Et baptiser l'enfant du sel de ses toujours.

     

    Telle une symphonie entamant l'allégro,

    Pour soutenir les cœurs entassés au perchoir,

    Huit notes ont tonné dans un fortissimo,

    En suivant la mesure orientée par l'espoir.

     

    L'accord d'Anne-Marie avait donné le LA,

    Quand Rémi a tapé le SI sur son lutrin,

    Puis s'inspirant du DO offert par Olivia,

    Joël forgea son RE pour bâtir le refrain,

     

    Un violon s'est formé du MI de Caroline,

    Et le FA d'Emeline s'est posé sur l'archet,

    Avec le SOL charmeur flûté par Catherine,

    Le LA de Géraldine a tissé le couplet.

     

    Ces jeunes ont souri, au milieu des grimaces,

    Composant l'interdit de vivre à coups de guerre,

    Ces juniors ont pâli devant les contumaces,

    Infligés au hasard des rangs de la misère.

     

    Leur union généreuse en des projets sincères,

    Evoque le besoin d'écouter l'innocence,

    Pour croire en ces pastels naissant des primevères

    Et suivre avec candeur les leçons de l'enfance.

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    La jeunesse a ses raisons, que les mouvements de l'âme reconnaissent bien. A cette époque, cette classe d'adolescents cherchait à s'investir dans la solidarité, dans l'humanitaire. Ces jeunes voulaient, en offrant leur cœur de petits grands, fraterniser avec les besoins de ceux que l'on a vite classé dans l'exclusion parce que jugés trop différents de la "normale". Ces jeunes élèves voulaient donner maintenant. Avant leurs premiers pas dans le monde des adultes. Avant leur entrée dans l'univers des "trop réfléchis" et des "trop conditionnés" par des libertés préconçues …

     

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    Double "malheur".

    Le miracle de la nature malmené.En ce temps là, je m'étais surtout concentré sur ces filles-mères. Exilées de la société parce qu'elles étaient ... honteusement malades ! Touchées au cœur de leurs entrailles par cette maladie que personne ne savait guérir et que beaucoup diabolisaient avec un instinct primitif. A ce propos, trois modes de transmission avaient été observés : Par voie sexuelle, par voie sanguine et ...

    ... et de la mère à l'enfant.

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    L'insouciance, vêtue de blanc.

     

    Il est venu pourtant, au gré d'un caducée

    L'habillant de hasard, lui, l'enfant du S.I.D.A !

    Des éclats du destin, aux ombres du Véda,

    Sa vie va se flétrir, sans s'être déployée.

     

    – Tu voulais être femme et te trouver en lui,

    Dans cette griserie qui parodiait ton rire,

    Tu voulais cet enfant pour apprendre à sourire

    Et l'on t'a laissé croire aux parfums de ce fruit.

     

    – Tu voulais être mère et consumer ta haine,

    Dans ce brasier d'amour allumé par ses bras,

    Tu l'avais libéré au cœur d'un mardi-gras,

    Mais il s'est retrouvé au cœur de la géhenne.

     

    – Tu n'as pas entaché le propre féminin

    Et l'instinct de ton vœu ne peut être coupable,

    On avait décidé de t'offrir l'improbable,

    Pour être les pionniers dominant le destin.

     

    – Après avoir vomi tes pleurs sur l'injustice,

    Tu dois rouvrir tes poings pour calmer les erreurs,

    Des autres égarées par tous ces guérisseurs,

    Progressant sur le bord de votre cicatrice.

     

    Toi, l'autre "enfanteresse" au ventre illuminé,

    Pour nidifier l'amour en partageant ton sang,

    Nul ne veut mutiler ce désir de l'enfant,

    Mais protéger ta vie d'un bonheur condamné !

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    L'embryon en danger.

    En 1994, le risque de transmission à l'enfant était beaucoup moins curable et peu de futures mères étaient informées des risques ou ne pouvaient éradiquer leur violent désir d'enfanter. Dépassé par cette pandémie sans cesse grandissante, on en était venu à "laisser s'accomplir les vœux de la nature". Ceci, assez souvent pour étudier les résultats. Afin d'y trouver des solutions et avancer à travers le "sacrifice épaulé" de ces futures mères mal préparées. Ce qui, mais à quel prix, a "finalement" permis d'obtenir des résultats positifs. Encore une fois, n'ayant à l'époque aucun don divinatoire, que pouvais-je dire à ces femmes ? Comment argumenter, du fond de mes tripes infertiles ? Alors j'ai composé "L'INSOUCIANCE vêtue de blanc". Pour elles.

     

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    A l'innocence.

    Alors ? La femme séropositive ?
    Celle qui veut être mère et ne peut pas ?
    Pas sans risque ?

    Je n'ai rien à dire, parce que je ne sais pas. Je n'aurai que la facilité de lui demander de renoncer. La prier, par cette douloureuse mutilation, de payer pour notre difficulté à trouver les bonnes armes contre ce mal qui rôde toujours. De payer en cicatrisant sa fertilité naturelle. Seulement, ce n'est pas mon droit. C'est le sien. Mais qu'elle soit persuadée qu'à défaut de composer une vie avec son sang, elle se retrouvera dans le respect de son abnégation et ...

    ... et elle sera toujours belle …

    ... et elle sera toujours femme !

    Mardi, 20 septembre 1994.

    Pourquoi l'enfant ?

     

    Ci-gît une question balbutiée sans réponse,

    Un sourire effacé dans l'incompréhension,

    Ci-dessous un adieu du hasard qui dénonce,

    Les moyens recherchés dans la profanation.

     

    Avant d'avoir appris à marcher dans la vie,

    Un choix l'a engagé à courir vers la mort

    Et l'enfant s'est offert dans cette comédie,

    En laissant sur ce leurre un parfum de remord.

     

    En glanant quelques jours, pour aller de son lit,

    Jusqu'à ces nuits ancrées au fond de l'erreur,

    Il n'a pu se chauffer qu'au soleil de minuit,

    Avant de basculer dans un jour fossoyeur.

     

    La civilisation de nos intolérances,

    Lui a volé son temps pour financer l'orgueil,

    Puis elle a embrasé le vrai de ses souffrances,

    En guettant le succès au fond de son cercueil.

     

    Et moi je n'ai rien fait, le déclin de ma vie,

    S'est surévalué à l'aube de l'enfant,

    Je n'ai su dénoncer, car ma sensiblerie,

    Ne m'avait dévoilé que le drame indigent,

     

    L'oreille accaparée par des cris moins sanglants

    Et les yeux dirigés vers les torts matériels,

    Je ne tendais la main qu'aux désespoirs mendiants,

    L'amour trop ignorant de ces rejets mortels …

     

    Mais je vais m'inonder des pleurs de cet enfer

    Et bercer mes oublis pour consoler ces larmes,

    Me relever sans cesse après chaque revers

    Et repartir au front, en forgeant d'autres armes.

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    Ce jour, un enfant né de mère atteinte du S.I.D.A est mort. Il a cessé de vivre. Sans avoir compris le processus de sa naissance. Ni même le pourquoi. Comme à mon habitude, je ne livre pas mes sentiments. Je les laisse exploser. Quitte à risquer l'éventualité d'une maladresse, en déposant ma peine révoltée aux pieds de cette petite vie giflée par un décès impudent. Je ne sais trop comment m'y prendre, pour transcrire respectueusement cette colère qui s'est engouffrée dans tout mon être, mais je dis que l'amour ne devrait pas être frappé d'un tel interdit. La naissance ne devrait pas être une loterie mortelle et pourtant …

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