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Entre les pages du temps - Page 2

  • Ni elle, ni lui - (6ème ép.) -

    Bonnet blanc ou blanc bonnet ?

    Bordeaux ! 1er travers : la conception.

    société,humeur,humour,journal intimeAfin de ne pas trop revenir sur le dilemme que je me suis construit en ce qui concerne la date exact de ma procréation, cette dernière pouvant donc être déterminée selon le comptage en semaine d'aménorrhée ou en semaine de grossesse, je m'en tiendrai simplement à l'année. Donc, l'ovule responsable de ma naissance a préféré être fécondé en 1948. La même année que le microsillon. Ceci, comme je viens de le souligner, en généralisant et sans tenir compte du mois, du jour, de l'heure, de la minute, de la seconde, etc. ! Un évènement qui va marquer ma génération (Pas moi, le microsillon).

    Pourquoi cette comparaison ? Parce qu'à l'intérieur de ma mère, parmi les torsades du cordon ombilical et autres circonvolutions intestinales, je me trouvais être le point central. A l'instar de celui de la spirale du fameux microsillon. Ce qui ne m'a pas vraiment donné droit au succès et encore moins rapproché de ma génitrice. Puisque, rappelons le, la spirale est une courbe qui commence en un point central puis s'en éloigne de plus en plus en même temps qu'elle tourne autour. Tout comme j'allais le faire dès ma naissance.

    L'éphéméride.

    Ces années là :

    Juin 1944 … Les alliés débarquent en Normandie.

    Avril 1948 … Depuis plusieurs semaines déjà et comme dirait un "titi" Bordelais ma mère, elle, n'a toujours pas vu les "anglais" débarquer. C'est pourquoi Emilia se tapote le ventre avec colère et s'inquiète.

    Juillet 1948 … La loi Neuwirth, qui légalisera la contraception, ne débarquera qu'en 1967. De même que La Loi Veil autorisant l'avortement qui, elle, devra attendre le 16 janvier 1975 pour débarquer en France.

    Avril 1948 et quelques ... mais, comme je le disais dans "La présentation - (1er ép.) -" le mâle est fait. Pas de chance. Emilia ne peut vraiment pas attendre l'an de grâce 1967 et va devoir me faire débarquer. Bon gré, mal gré. Elle va être obligée de faire avec et moi, je vais devoir faire sans elle.

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    Janvier 1949 … La loi de la gravité va m'être appliquée. De façon tranchante, mais avec de légères modifications.

    Au lieu de ...

    La loi de l'attraction universelle, découverte par Isaac Newton en 1684, décrit la gravitation comme une force responsable de la chute des corps et du mouvement des corps célestes et de façon générale, de l'attraction entre des corps ayant une masse.

    ... comprendre :

    La loi de l'attraction universelle découverte par" PtK" plus de 3 siècle et demi plus tard, décrit la gravitation de l'équipe chargée de l'accouchement autour d'Emilia comme une force responsable de la chute de mon corps et des mouvements du corps de ma mère pour m'expulser et de façon personnelle, du manque d'attraction entre des corps ayant l'un, une masse enfantine de 4,397 kg et l'autre, une masse féminine d'environ 45 304 grammes.

    Hé oui. Tout ça date un peu. Même si aujourd'hui j'écoute de la musique enregistrée sur C.D grâce ma micro chaîne PHILIPS MCM2050/12 avec système d'enceintes Bass Reflex d'une puissance de sortie de 2 x 10 W RMS, je suis bien de l'époque de l'électrophone. Ainsi que du microsillon. Ce fameux disque vinyle. Lequel d'ailleurs revient en force  à la mode.

    Ouvrez la parenthèse,

    C'est beau le progrès. Surtout lorsqu'on réalise qu'entre l'apparition du phonographe portable d'une longueur de plus de 24,9 cm pour pas moins d'une soixantaine de cm et quelques de haut et pesant environ 3 kg et l'apparition de nos jours du lecteur MP3 pas plus grand qu'une boîte de boules Quiès et pesant moins d'une quarantaine de grammes il s'est écoulé à peine 34 529 jours et quelques, ça donne le tournis. Si la science continue d'avancer ainsi à la vitesse d'un cheval au galop, dans même pas 1 236 mois, on pourra écouter de la musique enregistrée sur une puce incrustée dans la tête tout en gardant ses mains dans les poches.

    Fermez la parenthèse.

    Personnellement, de l'instant où j'ai compris qu'à part un toit et de la nourriture je ne devrais rien attendre d'autre de mes géniteurs, il ne s'est écoulé qu'une petite minute. Ensuite, j'ai progressé tout seul durant une bonne soixantaine d'années et ça dure encore. Comme quoi, même si l'on n'a pas la science infuse, on peut toujours faire quelque chose de ses dix doigts et de ses 86 à 100 milliards de neurones ... selon les estimations scientifiques. Alors pas besoin d'un psychiatre pour me dire que j'ai fais du progrès, en moins de temps qu'il n'en a fallu pour passer du kaléidoscope au téléviseur à écran plat.

     

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    Bordeaux ! J'arrive.

    13 janvier 1949 ! Je débarque ! Avec un peu de mal. Disons plutôt, avec ce que l'on pourrait penser être une certaine mauvaise volonté. Comme si je pressentais déjà que je ne mettais pas les pieds là où il fallait. En fait de pieds, c'est par le siège que je me suis d'abord présenté. Pourquoi ? Eh bien parce que j'étais déjà un tantinet ironique et alors, pour les profanes en matière de comptines «comme j'étais petit, je n'étais pas grand et je voulais montrer mon c… à tous les passants, etc.». En fait de passants, c'est plutôt le personnel tout de blanc vêtu qui m'entourait qui a bénéficié du spectacle en tout premier.

    société,humeur,humour,journal intimeVoyant que je faisais vraiment la tête et que je la gardais le plus loin possible de la sortie, les "blouses blanches" ont décidé d'employer les grands moyens pour me mettre au pas. Déjà. Ils ont donc sorti de leur trousse à torture, cet instrument barbare que l'on appelle forceps. Lorsqu'on sait ce qu'est un forceps, on peut comprendre ma méfiance instinctive envers le corps médical et plus particulièrement, cette animosité épidermique que j'éprouve vis à vis des médecins accoucheurs. Bon. C'est vrai qu'à mon âge je ne risque plus rien. Mais on n'est jamais trop prudent. La médecine fait de tels progrès.

    société,humeur,humour,journal intimeEnfin bref. Revenons-en à mon extracteur. La dénomination "forceps" est la traduction du nom latin signifiant "tenailles". Déjà là, je me demande si ce ne serait pas pour cette raison que nombre de mes neurones ont préféré mourir noyés en se laissant couler dans le liquide amniotique plutôt qu'écrasés. Voire coupés en deux par cet un instrument servant à saisir, serrer, arracher et autres menus services impropres à la mise au monde d'un innocent aux mains vides. Bien que le forceps soit constitué de deux cuillères métalliques à bords non tranchant. Quoiqu'il en soit, ça n'enlève rien à sa dangerosité. Car pour que ce soit efficace il faut réaliser non pas une, mais plusieurs tractions régulières. De manière à aider l'enfant dans sa descente et son expulsion.

    * L’unité de recherche Inserm U1105 nous apprend (aujourd'hui seulement), que dès 6 mois de grossesse, le cerveau humain est organisé pour traiter la parole et qu'à la naissance, les nouveau-nés sont capables de distinguer des syllabes proches.

    Donc si l'Inserm, créé en 1964 par le ministre de la Santé Raymond Marcellin avait vu le jour une bonne quinzaine d'années en arrière, on aurait pu m'éviter ce genre de supplice. En m'expliquant gentiment que ça n'était pas bien de squatter plus longtemps les entrailles de ma génitrice, j'aurais compris. Mais à l'époque on n'en était pas là et de toute façon, on estimait que le fœtus n'avait pas droit à la parole.

    22h29 : Les "blouses blanches" ont donc saisi ma tête. Comme une aveline en prise avec un casse-noisette. Puis ils ont tiré jusqu'à ce que je vienne voir de quel bois ils se chauffaient avant que la grande aiguille de l'horloge murale ne dépasse la demie. Bien entendu, j'ai fini par céder. Mais il était moins une. Cependant, malgré cet incident mécanique, le personnel hospitalier est très satisfait de la conclusion. Ignorant qu'il vient de mettre au monde 4,397 grammes de douleur vive.

    22h30 et quelques : On vient de me jeter dans le monde. Sans raison. Dans une foule anonyme, parmi laquelle aucun de ceux la composant ne viendra à mon secours. Mon subconscient en était déjà certain.

    Ce jour là, je ne savais pas encore aimer. Je ne savais pas encore ce que je ne devrais plus jamais savoir. Le cœur au ralenti et fraîchement taché du sang d'un rictus utérin, des mains déjà refermées devant mes aspirations tendues m'ont transvasé de mes origines premières, aux dernières secondes de mes joies enfantines. Sans se soucier de mes peurs, ces mains blasées ont minutieusement nettoyé toute trace de sentiment sur mon corps déjà perdu, chichement emmailloté de quelques sourires étrangers et inutiles. Mes yeux n'étaient pas encore ouverts, mais je savais voir de l'intérieur. A peine plus grand qu'une sorte d'avortement, suspendu après quelques centaines de jours de fatalité maternelle, j'ai soudain eu l'envie de ma vieillesse. L'enfance me faisait déjà peur. Alors j'ai décidé de faire la guerre pour ne pas salir la paix. A peine relié aux derniers premiers jours d'un espoir éviscéré, on a coupé machinalement mes sensibilités ombilicales. Alors j'ai du vouloir honnir. Pour ne pas écarteler l'amour.

     

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    Bordeaux ! On le garde ou pas ?

    La grande question !

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    Pour constituer mon arbre généalogique, une seule base de départ était à ma libre disposition. J'avais pour me raccrocher à mon environnement proche, une simple racine. Aussi solide qu'un chêne greffé sur un roseau mort et ce seul point de repère, c'était le jour de ma naissance. Au moins, ma date d'accouché involontaire était déposée à la Mairie de ma ville natale. Laquelle la tenait à ma libre disposition. De la sorte, je pouvais la consulter à loisir et rassurer les éventuels doutes de mon existence charnelle, émises par un subconscient effrontément dubitatif. A condition, bien sûr, que ma mère n'ait pas comme à l'accoutumée falsifié son temps de gestation et là encore, surprise ? Enfin, pas tout à fait !

    Car,

    SI semel l'on a bien entamé l'histoire par le début,
    SI bis l'on n'a pas encore sauté d'épisode
    SI ter l'on a évité de commencer par celui-ci, on a sûrement lu la page précédente et on peut ne pas être surpris.

    Je sais, ça fait beaucoup de conditions. Mais il est important de bien respecter la chronologie. Déjà que c'est un peu le fouillis dans ma mémoire, si en plus on rajoute du désordre, ça ne va pas faciliter la compréhension de mon journal. Bref,

    SI quater l'on a bien tout respecté, on sait donc que je suis sorti de ma gangue inhospitalière en janvier 1949 et en plus,

    SI quinquies en plus, on s'est intéressé à la date et à l'horaire révélé en précédemment, on sait également que c'était un "13" à 22h30.

    * Avec un petit Nota Bene précisant que selon mon acte de naissance, je n'ai été reconnu par ma mère que le 19 janvier. Soit après 6 jours de réflexion. Mais je dois tempérer mes propos antérieurs et considérer que ce retard pouvait être dû à une obligation indépendante de sa volonté. Notamment au fait qu'elle n'ait pu me "reconnaître" qu'à sa sortie de l'hôpital. A cette époque, on restait alité plus longtemps après l'accouchement. Mais rien n'est moins sûr.

    Je pense malgré tout, avec de bons arguments en ma faveur, qu'une grosse hésitation a dû accoucher en même temps que moi :

    «– J'ai déjà une gosse sur les bras !

    Alors ? celui-là ? Je le garde ou pas ?»

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    Emilia, enceinte, ne devait pas avoir très envie de retourner en Espagne pour rejoindre Tomas et l'a donc "pressé" d'avoir envie de venir en France. Elle avait très certainement conscience qu'il avait des obligations militaires. Mais ne pas connaître sa date de démobilisation, comme expliqué dans "La rencontre - (3ème ép.) -", ne l'enchantait guère. Pas plus que le p'tit mercenaire qui, en attendant, s'entraînait inconsciemment dans son ventre en vue de ses prochains combats. Par contre, je savais que ma propre démobilisation interviendrait presque sûrement dans les neuf mois suivant ma prise de la position de l'œuf. Pas la position pour descendre plus vite, je ne savais pas encore faire de ski. Mais j'étais déjà un tantinet fleur bleue. Certain que la nature m'ouvrirait les portes à un instant donné. Pour me permettre de franchir la ligne d'arrivée et être accueilli par une maman enfin désencombrée et un papa tout réjoui d'être obligé de quitter l'armée pour rempiler dans le "conjugal" ... ou pas !

    Mais je me faisais des idées. Déjà. Le plus dur à avaler, c'est la décision de mon père. Lequel, ne m'a donc reconnu qu'au bout de 218 jours (voir «ACTA FABULA EST» dans le prologue). Quasiment le temps de gestation de "l'ours brun” (7 à 8 mois). Ce qui expliquerait mon caractère quelque peu du genre "ursidé". Alors pourquoi ce laps de temps pour reconnaître son gosse ? N'est-il revenu en France qu'aux environs de ce vendredi 19 Août 1949 ou bien avant et avoir voulu longuement réfléchir. Avant de s'affubler, à 23 ans, d'un marmot et d'une petite née de la cuisse gauche ?

    Un jour pourtant, pris d'une envie bizarre de s'épancher, mon père laisse filtrer de façon irraisonnée, qu'il avait trouvé du boulot à peine quelques jours après son arrivée en France. Si j'avais pu consulter son premier bulletin de salaire, j'aurais eu la possibilité de situer la date de son retour définitif. Seulement voilà. Tout d'abord, je n'avais aucune raison ni même l'envie de passer mes loisirs à bouquiner ses papiers personnels. De plus, tout comme son pognon, il classait ses archives avec méticulosité et les cachait avec un sentiment teinté de paranoïa. Dans des endroits que ma mère trouvait à chaque fois. Normal, puisqu'elle passait la plupart de ses journées à la maison et qu'avec la chambre et la cuisine, il n'y avait que 2 fois 9 m² à passer au peigne fin. Soit, sous un plafond de 2,20 m, environ 39,60 m3 à décortiquer. Mais ça ne me donnait pas plus de chance de pouvoir me renseigner. Etant donné que mes parents vivaient essentiellement entre eux et ne nous incluaient au sein du couple, ma sœur aînée et moi, que pour des banalités d'ordre ménager.

     

     

     

    PtK